Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'Homme Heureux, ou la question du bonheur à tout prix

Edition Ronde du Tournesol, collection dauphin

   Ce vieil album, difficilement trouvable, qui s’adresse à des enfants un peu plus grands (à partir de 6 ans) raconte l’histoire d’un roi puissant, aimé de ses sujets, qui contracte une mystérieuse maladie.

- Oh, que je suis malheureux ! s’écria le monarque. J’ai d’immenses richesses et quantité de plaisirs à portée de la main, mais personne pour me guérir.

   Son fils souffre amèrement, et demande sans cesse de nouveaux médecins. Mais la maladie du roi empire de jour en jour…

   Un jour, un page propose au prince en colère les services d’un mage, qui a dédié son savoir au bien et ne se trompe jamais. Ce dernier donne son diagnostic :

- La maladie du roi n’est pas dans son corps.

- Où donc, alors ? cria le prince, soupçonneux.

- Dans son esprit. Votre père se meurt de tristesse.

  Le prince a peine à croire que malgré toutes ses richesses, son père se sente malheureux. Le mage lui explique que les richesses n’engendrent pas le bonheur. Le prince lui demande conseil. Le mage lui répond que seul un homme heureux peut réconforter le roi. Le prince, finalement convaincu, s’imagine qu’il va ramener cent hommes heureux. Le mage est beaucoup plus sceptique.

   Les hommes du prince parcourent le pays pour questionner les gens, s’ils sont heureux, mais tous sont insatisfaits de quelque chose. Finalement, désespéré, le prince fait une promenade à cheval, va boire de l’eau à une rivière, et, en se penchant, il voit l’image d’un pauvre bûcheron qui s’y reflète, qui sourit. Le prince, intrigué, lui demande :

- Es-tu heureux, bûcheron ?

- Bien entendu. Comment ne le serais-je pas ? J’ai tout ce qu’il me faut pour l’être…

   Le prince lui réplique qu’il se contente de bien peu, et lui parle de grandes merveilles au-delà de cette forêt.

- Rendent-elles plus heureux que tout cela ? demande le bûcheron.

- Euh…non, reconnaît le prince.

   Le prince, frappé par sa sincérité, veut lui donner de l’or. Contre son gré, le bûcheron doit accepter. Puis le prince s’en va rapporter cette rencontre à son père, le roi, qui décide alors de se lever.

- Mais que faîtes-vous ? demande le prince.

- Commencer à me comporter comme un vrai roi. A partir de ce jour, je penserai un peu plus à mes sujets, et partagerai entre eux les deux tiers de ma fortune.

   C’est ainsi que le roi, à son insu, gagné par un nouveau sens de la justice, a l’air d’un homme heureux.

   Je pense que cette histoire, ce petit conte paraîtra bien ridicule à un grand nombre de gens ; notamment aux hommes d’affaires ou à ceux et celles qui trouvent que l’argent procure le bonheur.

   Le bûcheron est un simple pauvre homme, une sorte de pèlerin russe, au mieux si je peux me permettre, car on pourrait aussi y voir une sorte de stoïcien ou d’Epicure. Le roi, sans être bien mauvais, était malheureux parce qu’il ne payait pas assez de sa personne, sa générosité était mesurée. C’est une bonne leçon qui nous est donnée. On peut regretter la contradiction : le bûcheron n’a pas d’or, et il est heureux ; le roi donne son or aux pauvres ; ceux-ci seront-ils heureux également ? 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :